Alors que les investisseurs occidentaux ont passé la majeure partie de 2026 à s’inquiéter des décisions de taux de la Réserve fédérale, des prévisions décevantes pour les puces d’IA et des conséquences d’une guerre au Moyen-Orient, un phénomène intéressant s’est produit à l’autre bout du monde : les actions chinoises ont connu une année mouvementée. L’indice Hang Seng a perdu environ 3 % en août, pour atteindre 25 089. Il a subi les mêmes craintes d’inflation alimentée par le pétrole et le même sentiment d’aversion au risque qui ont affecté de nombreux marchés mondiaux cette année. Mais en prenant un peu de recul, on constate que le Hang Seng a progressé de 29 % l’an dernier, enregistrant sa meilleure performance annuelle depuis 2017. Parallèlement, le China A50 continue d’offrir une exposition à certaines des entreprises technologiques les plus rentables et à la croissance la plus rapide au monde, à des valorisations qui font paraître leurs homologues occidentales outrageusement chères. Le Hang Seng se négocie à un ratio cours/bénéfice prévisionnel de 11,8x, soit presque la moitié de celui du S&P 500. Tencent, dont la marge nette atteint 30 % et la croissance est régulière d’une année à l’autre, se négocie à environ 15x ses bénéfices prévisionnels. La question que les investisseurs avertis commencent à se poser n’est pas de savoir si les actions chinoises sont bon marché, mais pourquoi elles le restent et si les facteurs qui expliquent cette situation sont permanents ou temporaires.
Deux thèmes structurels définissent actuellement le marché des actions chinoises et devraient continuer à le façonner pendant des années. Le premier est l’émergence d’un écosystème d’IA national véritablement de classe mondiale, bénéficiant du plein soutien politique et budgétaire de Pékin. Le second est le risque géopolitique, structurel et réglementaire persistant qui continue d’entraîner une décote des actions chinoises aux yeux des capitaux internationaux. Pour bien comprendre l’opportunité en jeu, il faut approfondir ces deux thèmes.
DeepSeek, les champions nationaux et le pari de 295 milliards de dollars de Pékin
L’évolution déterminante pour la tech chinoise en 2026 a été la concrétisation des capacités du pays en matière d’IA en une force que le marché ne peut plus ignorer. Toutefois, le modèle R1 de DeepSeek, qui a démontré des performances de pointe pour une fraction des coûts de développement occidentaux, n’était qu’un début. DeepSeek a désormais bouclé son premier tour de financement externe, sur la base d’une valorisation de plus de 50 milliards de dollars, publié DSpark en open source (un framework de décodage spéculatif qui accélère jusqu’à 85 % l’inférence des grands modèles de langage) et optimise son modèle V4 spécifiquement pour la puce Ascend 950 de Huawei. Cela s’inscrit dans un effort national plus large dans les semi-conducteurs, qui progresse plus vite que la plupart des analystes occidentaux ne l’avaient prévu, la percée de Huawei en matière de « pliage logique » visant des performances équivalentes à celles de puces de 1,4 nm d’ici 2031, sans lithographie EUV d’ASML. À l’origine de cette dynamique se trouve le plan quinquennal national de Pékin de 295 milliards de dollars pour les infrastructures d’IA, qui exige 80 % de contenu provenant de fournisseurs nationaux comme condition d’éligibilité, ce qui constitue l’une des décisions de politique industrielle les plus importantes du PCC de la décennie.
Pour les grandes entreprises technologiques cotées, ce contexte est sans ambiguïté favorable. Le chiffre d’affaires du Cloud Intelligence Group d’Alibaba a progressé de 38 % au dernier trimestre, les revenus des produits liés à l’IA atteignant 30 % des revenus cloud externes, après un onzième trimestre consécutif de croissance à trois chiffres dans l’IA. La plateforme de conduite autonome Apollo Go de Baidu a enregistré 22 millions de trajets cumulés au T1 2026, dont 3,2 millions de trajets entièrement sans conducteur, soit une croissance annuelle de 120 % dans ce segment. Parallèlement, son écosystème d’IA intégré, qui couvre la recherche, le cloud, la conduite autonome et les puces propriétaires, a conduit J.P. Morgan à relever son objectif de cours à 188 $, contre un cours actuel proche de 125 $. Mais c’est Tencent qui s’est distingué lors de la saison des résultats du T2 : seul des trois géants à dépasser les estimations, le groupe a publié un BPA de 7,43 HKD, contre un consensus de 7,32 HKD, tout en faisant passer sa marge brute de 48,1 % à 56,7 % en trois ans. Même s’il existe des risques à court terme, il est difficile de ne pas voir ces titres comme des positions à conserver judicieusement sur le long terme pour les investisseurs cherchant à s’exposer à la révolution de l’IA sans payer les valorisations excessives des marchés occidentaux.
Réglementation, géopolitique et disparition de la décote
Les arguments défavorables aux actions chinoises ont toujours reposé sur deux piliers : l’imprévisibilité réglementaire et le risque géopolitique. Ces deux éléments méritent bien sûr d’être pris en compte et présentent un visage quelque peu différent en 2026 de celui qu’ils avaient au plus fort des offensives du PCC contre les monopoles et le secteur technologique. Sur le plan réglementaire, le climat à Pékin a connu une évolution notable. Le 15e plan quinquennal fait explicitement de l’innovation technologique une priorité stratégique nationale, et le gouvernement a alloué près de 1,3 billion de yuans de fonds budgétaires au développement scientifique et technologique en 2026, soit 7,1 % de plus que l’année précédente. Alors que le cycle réglementaire de 2021-2022 avait pris le secteur technologique de court avec de vastes restrictions visant les plateformes, l’orientation actuelle est globalement favorable. Pékin a invité des pionniers de premier plan de l’IA à des réunions de haut niveau du Parti communiste, encouragé les gouvernements locaux à accélérer le déploiement de l’IA dans les infrastructures critiques et publié ce qui est décrit comme le premier cadre réglementaire au monde pour l’IA agentique. Cela ne signifie pas que le risque réglementaire a disparu ; en Chine, ce n’est jamais entièrement le cas. Les restrictions sur les courtiers transfrontaliers, qui affectent l’accès des investisseurs de Chine continentale aux actions cotées à Hong Kong, demeurent un problème, tout comme les risques associés aux structures VIE. Toutefois, la tendance générale est encourageante, et l’exagération de ces facteurs est précisément ce qui crée l’importante décote de valorisation des actions chinoises.
Sur le plan géopolitique, la situation est tout aussi nuancée. La décision des États-Unis, en juillet, de ne pas renouveler l’ordonnance de 2020 révoquant le statut commercial spécial de Hong Kong a constitué un signal positif discret mais important, et la relation sino-américaine a montré qu’elle pouvait connaître une désescalade maîtrisée malgré une concurrence persistante, comme l’illustre le cadre tarifaire conclu à Londres plus tôt cette année. Les contrôles américains à l’exportation sur les semi-conducteurs avancés restent un frein structurel, mais la maturation rapide de l’écosystème national des puces réduit progressivement la dépendance que ces contrôles visaient initialement à exploiter. Pour les investisseurs habitués à la volatilité corrélée des marchés boursiers américains, où chaque décision de la Fed et chaque actualité géopolitique affectent le S&P 500 et le Nasdaq 100 de manière très similaire, la faible corrélation entre les actions chinoises et les marchés occidentaux constitue, en soi, un argument en faveur de la diversification de votre portefeuille, quel que soit votre optimisme à l'égard de la Chine.
Négociez des CFD sur les actions chinoises et bien plus encore avec Libertex
Avec Libertex, vous pouvez négocier des CFD sur une large gamme d’actifs, du forex, des ETF et des matières premières aux cryptomonnaies, indices et actions individuelles. En plus des CFD sur les principaux indices chinois comme le China A50 et le Hang Seng, Libertex propose des CFD sur des actions individuelles de sociétés technologiques chinoises, dont Alibaba, Tencent et Baidu. Pour en savoir plus ou ouvrir un compte de trading réel, rendez-vous dès aujourd’hui sur www.libertex.com/signup.


