Le marché boursier américain a connu une hausse presque ininterrompue depuis la fin de la pandémie, enchaînant record sur record. Malgré un trou d’air en avril dernier après les droits de douane du « Liberation Day » de Trump, le S&P 500 et le Nasdaq 100 affichent respectivement +14 % et +16 % sur un an. Mais ces derniers mois, la progression a ralenti, voire s’est arrêtée, le marché boursier américain peinant à trouver de nouveaux catalyseurs dans un contexte d’inflation persistante et d’incertitudes géopolitiques et intérieures durables.
Alors que le premier trimestre 2026 touche à sa fin, le dernier rapport sur l’emploi apporte des nouvelles contrastées pour les actions, au moment où le mandat du président de la Fed, Jerome Powell, arrive lui aussi à son terme. Parallèlement, les secteurs en surchauffe semblent se calmer et les négociations commerciales pourraient bientôt porter leurs fruits. Dans ce contexte, les cours actuels des actions américaines pourraient être intéressants pour les investisseurs qui se projettent sur le long terme. Dans cet article, nous examinerons tous ces facteurs et bien d’autres afin d’analyser l’évolution des actions au cours de l’année à venir.
Un marché de l’emploi solide à l’approche d’un bouleversement à la Fed
Les chiffres de l’emploi publiés ce matin ont provoqué une secousse inattendue sur les marchés des actions : les données de janvier du Bureau of Labor Statistics montrent que le taux de chômage est tombé à 4,3 % et que 130 000 emplois ont été créés. Si cette performance robuste du marché du travail témoigne d’une résilience économique sous-jacente susceptible de soutenir une appréciation durable des actions dans le temps, la réaction immédiate du marché traduit une inquiétude grandissante quant à l’orientation de la politique monétaire de la Réserve fédérale à court terme. Ce rapport sur l’emploi, meilleur que prévu, a de fait repoussé les anticipations d’assouplissement monétaire : l’outil CME FedWatch estime désormais qu’il faudra attendre au moins juin pour une baisse des taux, et même alors, la probabilité n’est que de 48 %. Pour les investisseurs en actions qui attendaient les vents porteurs généralement associés à un assouplissement des conditions monétaires, il s’agit d’un recalibrage du calendrier plutôt que d’un revers de fond. La solidité de la croissance de l’emploi, en effet, est souvent corrélée au pouvoir d’achat des ménages et à la stabilité des revenus des entreprises — deux éléments essentiels à la performance boursière à long terme.
L’équation se complexifie toutefois nettement avec la nomination, très attendue, de Kevin Warsh par le président Trump pour succéder à Jerome Powell à la présidence de la Réserve fédérale. Les préférences de politique monétaire historiquement accommodantes de Warsh laissent entrevoir, une fois ce dernier en fonctions, un virage vers des baisses de taux plus marquées ; une récente enquête Reuters auprès d’économistes prévoit d’ailleurs que les réductions commenceraient réellement peu après sa confirmation. Cette orientation accommodante paraît initialement favorable aux valorisations boursières : des taux d’intérêt plus bas réduisent généralement les taux d’actualisation et augmentent la valeur actuelle des bénéfices futurs. Mais cette lueur d’espoir s’accompagne d’une mise en garde notable que les investisseurs prudents ne peuvent ignorer. L’inflation a déjà accéléré à 2,9 % sur un an le mois dernier, s’éloignant davantage de l’objectif de 2 % affiché par la Fed et soulevant des questions quant à la viabilité d’un assouplissement agressif. Si Warsh met en œuvre des baisses de taux trop ambitieuses dans un environnement où l’inflation reste élevée, les gains boursiers nominaux pourraient s’avérer illusoires une fois corrigés pour l’érosion du pouvoir d’achat.
Vents contraires du commerce et diversification
Au-delà de la dynamique de politique monétaire, deux évolutions structurelles méritent une attention particulière des investisseurs à l’approche de la fin du premier trimestre 2026. Premièrement, la politique tarifaire continue d’évoluer depuis la phase de mise en œuvre très perturbatrice du printemps dernier, lorsque les mesures du « Liberation Day » ont déclenché une forte vague de ventes de février à avril, mettant à l’épreuve la détermination des investisseurs. Avec le passage à la table des négociations, nous observons un cadre plus stable et plus prévisible que les marchés peuvent intégrer avec davantage de confiance. De récents accords commerciaux bilatéraux ont fixé des droits de douane à 15 % avec de grands partenaires économiques, notamment l’Union européenne, le Japon et la Corée du Sud, tandis qu’un accord de 12 mois avec la Chine apporte une certaine visibilité temporaire et pose les bases d’une solution durable. Malgré ces avancées diplomatiques, l’impact cumulatif sur les consommateurs et les entreprises américaines demeure important.
Selon des calculs du Yale Budget Lab, les taux de droits de douane effectifs ont bondi d’environ 2 % au début de 2025 à 14,3 % estimés, une fois pris en compte les ajustements de comportement des consommateurs. Cela constitue un frein significatif aux marges bénéficiaires des entreprises, en particulier pour les distributeurs et les fabricants dépendants de composants importés ou de produits finis. Deuxièmement, et peut-être plus de manière plus encourageante pour ceux qui recherchent des conditions de marché haussier durables, le leadership boursier s’élargit à l’ensemble des secteurs, ce qui précède historiquement des périodes prolongées d’appréciation. La consolidation de NVIDIA sur six mois autour des niveaux actuels, combinée au fait que huit des onze secteurs du S&P 500 aient inscrit récemment de nouveaux records, suggère que la concentration portée par l’IA qui a dominé en 2023 et 2024 cède la place à une participation plus saine et mieux diversifiée, dans l’ensemble des secteurs et des capitalisations. Si les négociations commerciales en cours continuent d’aboutir à des résultats bilatéraux constructifs qui réduisent l’incertitude et favorisent des échanges mutuellement bénéfiques entre les entreprises américaines et mondiales, et si la rotation sectorielle actuelle se poursuit, les valorisations actuelles de l’ensemble du marché pourraient bien constituer des points d’entrée attractifs pour des investisseurs patients, de long terme, capables de regarder au-delà de la volatilité inévitable à court terme et de se concentrer sur la qualité fondamentale des entreprises.
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